Abstention, vote “blanc” ou vote “nul” : quelles différences pour quelles significations ?, par Romain Boucq

 

Les médias, forts de leurs sondages, nous apprennent que 40 % environ des électeurs restent indécis, c’est-à-dire à ne pas savoir pour qui voter ou même s’ils voteront… 40 % d’abstention, voilà ce qui pourrait se profiler. Il y a 47 millions d’électeurs. Faisons un rapide calcul.

47 millions dont 40 % seraient considérés comme abstentionnistes, il ne reste que 28,2 millions de votants… Et si le Président est élu à 51 %, il y aurait donc 14,38 millions d’électeurs en sa faveur. En remettant tout en perspective sur le chiffre de base, notre futur(e) Président(e) de la république serait élu(e) avec 30 % de soutien des électeurs français… Cela mérite vraiment qu’on se pose la question de l’abstention.

Pourquoi des électeurs s’abstiennent de venir voter ? Les raisons couramment invoquées sont :

– la “fatigue” accumulée des électeurs, déçus élection après élection, par des hommes politiques qui semblent impuissants à agir ;
– le refus de participer à un système politique qui ne leur convient pas ;
– l’impression que les hommes politiques sont tous malhonnêtes et que, participer à l’élection, c’est un blanc-seing donné à leurs actions ;
– le sentiment que, si la révolution française a bien eu lieu, les privilèges n’ont pas vraiment été
abolis.

Pour résumer, cette sensation que l’élection ne changera rien à la vie quotidienne submerge tout espoir de réforme et conduit à ne pas voter. C’est ce qui est qualifié et comptabilisé dans les chiffres de l’abstention.

Le vote blanc et le vote nul (bulletin avec un nom rayé ou ajout d’une personne qui n’est pas candidate) ont une autre logique : les électeurs se sentent concernés par l’élection et la volonté de changer les choses, mais ils ne trouvent dans l’élection en cours aucun programme ou aucun candidat qui répondent à leurs attentes.

Le vote blanc, qui correspond à une expression politique précise, devrait donc avoir un poids dans une élection. Une tentative de reconnaissance de ce dernier a été initiée en 2014 par la loi, obligeant à séparer les bulletins blancs et nuls dans les résultats. Il apparaît donc dans le détail des chiffres de l’abstention, mais n’a pas d’influence sur le résultat final de l’élection.

Peut-on voter “blanc” ? Techniquement, c’est possible mais notre système légal ne le reconnaissant pas complètement, sa signification et son effet sont biaisés, tant au niveau personnel qu’au niveau politique. La conséquence électorale directe de l’abstention (incluant alors les votes blancs ou nuls) est de laisser les autres électeurs choisir de manière indépendante le résultat de l’élection. Ainsi, celui qui choisit le vote “blanc” peut ne pas se reconnaître dans aucun programme ou candidat, mais peut avoir envie de ne pas voir tel candidat élu ou tel programme appliqué. Voter blanc va donc aller à l’encontre de son désir, compte tenu de nos règles actuelles de décompte des voix.

Pour réformer le système, pour modifier les résultats des votes, il ne faut ni s’abstenir, ni voter blanc (ou faire un vote nul). Comment sortir de ce dilemme ? Sans prétendre avoir trouvé une solution imparable autre que la révolution, voici une piste de réflexion qui peut vous aider si le vote blanc vous intéresse.

Pour que notre système démocratique continue de fonctionner (et cela semble unanimement admis, même pour les abstentionnistes convaincus), il est important de favoriser la pluralité des candidatures. Plus il y aura de candidats, plus grandes seront les chances de trouver une personne susceptible de représenter nos convictions.

Il existe des règles concernant l’accompagnement financier des candidats :

Un remboursement forfaitaire des frais de campagne est prévu :

* pour les candidats présents au premier tour, il s’élève au maximum, pour ceux ayant obtenu moins de 5 % des suffrages exprimés, à 4,75 % du plafond des dépenses du premier tour (soit 800 423 euros pour l’élection présidentielle de 2017) ; pour ceux ayant recueilli plus de 5 % des voix, à 47,5 % de ce plafond (soit 8 004 225 euros en 2017) ;

* pour les candidats présents au second tour, il s’élève à 47,5 % du plafond des dépenses du second tour (soit 10 691 775 euros en 2017).

Dans tous les cas, ces remboursements ne peuvent pas être plus importants que les dépenses déclarées par les candidats.” (copié via le site internet vie-publique.fr)

Qu’est-ce que cela signifie ? Il existe un plafond de dépenses qui ne doit pas être dépassé par les candidats, afin de garantir que les candidats les plus riches ne pourront pas, grâce à leurs moyens financiers supérieurs, “écraser” les autres candidats. Ce plafond de dépenses est fixé à 16 851 000 € pour les candidats du premier tour.

Si un candidat fait moins de 5 % au premier tour, il aura droit à un remboursement maximal de
800 423 euros. S’il dépasse les 5 %, il aura droit à un remboursement maximal de 8 004 225 euros. L’enjeu d’acquérir ces 5 % est donc déterminant. Pour les “petits” candidats qui se présentent en sachant que la barre des 5 % ne sera pas atteinte, il y a donc un risque majeur et il est par conséquent difficile pour eux d’organiser des meetings et de faire connaître leurs idées, d’imprimer des tracts et d’obtenir des concours bancaires pour leur avancer des fonds afin de les aider durant la campagne.

Ainsi, il est possible, en choisissant de voter pour un “petit” candidat, de remplir plusieurs objectifs compatibles avec le vote blanc (ou le vote nul) :

– vous manifestez votre présence dans l’élection, sans que le système vous en exclue ;
– vous valorisez la pluralité démocratique ;
– vous retirez des voix aux candidats les plus importants qui ne vous plaisent pas ;
– vous obligez les candidats du second tour à entendre qu’il existe des électeurs qui ont “envie” de voir le système se modifier et à écouter leurs attentes ;
– vous encouragez la possibilité qu’à la prochaine élection il y ait plus de candidats car leur présence sera perçue comme étant “acceptée” et “utile” ;
– vous encouragez les maires à donner des parrainages à des candidats inconnus.

La question du choix du candidat pour lequel voter reste personnelle. Ce peut être une idée parmi tant d’autres que vous voulez défendre, le fait qu’il porte une cravate ou non, que ce soit un homme ou une femme, qu’il veuille légaliser le “vote blanc” ou tout autre élément de votre choix… À mon sens, dans la mesure où c’est un vote blanc qui aurait été exprimé, aucun critère ne doit être regardé comme étant futile ou artificiel. De toute façon, rappelons-le, le vote est secret et personne ne sera présent dans l’isoloir pour poser une question sur votre critère de choix.

Toutes ces raisons peuvent également conduire à ne pas vous abstenir. En définitive, la seule bonne raison de s’abstenir, ou d’accepter que son vote soit comptabilisé dans l’abstention, c’est finalement de considérer que la démocratie n’est pas un système politique qui convient. Doit-on comprendre que les abstentionnistes souhaitent la restauration de la monarchie, l’anarchie ou encore la mise en place d’un système politique théologique comme alternative à la démocratie ?

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