SARL ou SAS ?

Par Camille Cimenta, Avocat.

Lors de la création de la société d’exploitation, les porteurs de projet se retrouvent très souvent confrontés à devoir choisir entre la SARL et la SAS. L’objet de cet article est de les orienter en leur exposant concrètement les principales distinctions juridiques, fiscales et financières entre ces deux formes sociales.

Définir les besoins de financement du projet

S’il s’agit d’une activité à faibles besoins de financement ou simplement si le créateur dispose lui-même des fonds nécessaires (seul ou avec ses associés) la SARL demeure une solution envisageable. En revanche, dans le cadre des start-up, l’activité nécessite, la plupart du temps, des besoins de financement conséquents non financés par de l’endettement bancaire classique, en raison de la réticence des banques à consentir des prêts pour des projets disruptifs, sans historique comptable et financier.

Ainsi, pour financer le lancement et le développement de son projet, le créateur devra procéder à une ou plusieurs levées de fonds successives auprès d’investisseurs. Or ces mécanismes de financement, qui requièrent une participation au capital, nécessitent une souplesse dans les entrées et sorties dans la société, que n’offre pas le régime juridique de la SARL. Effectivement, le Code de commerce impose une procédure légale d’agrément pour céder ou acheter des parts sociales qui est un frein à l’accessibilité de ce type de financements.

Par ailleurs, la SAS offre des possibilités de financement beaucoup plus variées que la SARL.

En effet, en principe la SARL ne peut émettre que des parts sociales. Seules les SARL d’une taille importante (total du bilan : 1 550 000 € ; chiffre d’affaires hors taxes : 3 100 000 € ; nombre moyen de salariés : 50) peuvent émettre des obligations nominatives.

Inversement, la SAS peut émettre de multiples titres négociables, des actions simples, des actions de préférences, des actions et obligations composées, des bons de souscriptions, etc, permettant ainsi une véritable souplesse et l’accès à de multiples sources de financement.

La distinction reposant sur la rémunération et le statut social du dirigeant

Dans la SAS, les dirigeants (Président, Directeurs généraux) sont tous rattachés au Régime général de la sécurité sociale des salariés (assimilés salariés).

Dans la SARL, il faut distinguer plusieurs situations :
(i) Il n’y a qu’un seul gérant qui est associé majoritaire : il sera alors TNS (Travailleur non salarié) ;
(ii) Il n’y a qu’un seul gérant qui n’est pas associé ou associé minoritaire ou égalitaire : il sera assimilé salarié ;
(iii) Il y a un collège de gérance majoritaire : chacun des co-gérants sera TNS.

La distinction entre ces deux régimes a des incidences importantes en ce qui concerne le paiement des cotisations sociales et donc la rémunération nette du dirigeant.

Ce qu’il faut retenir :

(i) Dans le cadre d’un TNS, le versement des cotisations sociales est obligatoire et ce même en l’absence de rémunération. Une cotisation minimale est obligatoire au titre de l’assurance maladie et de la vieillesse. En revanche dans le cadre du régime assimilé salarié, aucune cotisation n’est obligatoire en l’absence de rémunération ;

(ii) Le dirigeant assimilé salarié est mieux couvert, ce qui implique que les cotisations sont plus importantes que pour le TNS. Effectivement chez l’assimilé salarié, les cotisations sociales représentent environ 55% de la rémunération versée auxquelles il faut rajouter environ 22% de charges patronales (payées par la société). Pour le TNS, le montant des cotisations sociales représente environ 45% de la rémunération. Le TNS touchera donc une rémunération nette plus importante mais sera moins couvert. Il peut cependant accroître sa protection en souscrivant des assurances complémentaires dont les cotisations pourront être éventuellement déduites de l’impôt sur le revenu dans le cadre des contrats Loi Madelin.

(iii) Le TNS est soumis à un régime de versement des cotisations forfaitaires les deux premières années d’exercice. Au bout de la troisième année d’exercice intervient une régularisation des deux premières années. Ce régime forfaitaire représente un véritable danger pour les créateurs car il n’est en général pas compris et les intéressés font souvent l’erreur de ne pas provisionner suffisamment pour faire face à cette régularisation. Ce qui explique que dans un tiers des cas, les créateurs ne passent pas la troisième année d’exercice.

La distinction reposant sur le traitement fiscal des dividendes

La SAS bénéficie d’un traitement de faveur dans la majorité des cas concernant la distribution des dividendes.

En effet, les dividendes distribués dans le cadre d’une SAS ne sont soumis qu’aux prélèvements sociaux (CSG, CRDS et contributions complémentaires) de 17,2%.

Dans le cadre de la SARL, les dividendes perçus par un TNS qui excèdent 10% du capital social, du compte primes d’émission et du montant des comptes courants d’associés seront soumis à des prélèvements sociaux réduits mais corrélativement assujettis, à l’instar de tout revenu professionnel, aux cotisations sociales TNS (donc à environ 45 % de charges sociales).

Conclusion

1. Si le créateur doit faire face à d’importants besoins de financement : il doit plutôt opter pour la SAS ;

2. Si le créateur n’a pas vraiment de visibilité sur son activité ou ne souhaite pas se rémunérer par un mandat de gérance : il doit plutôt opter pour la SAS ;

3. Si le créateur n’a pas d’importants besoins de financements et préfère se rémunérer par un mandat social : Il doit plutôt opter pour la SARL.

A noter que le choix de la forme sociale n’est pas définitif puisqu’il y a toujours la possibilité de transformer une SARL ou SAS ou vice-versa.

 

Franchise et exclusivité d’approvisionnement

Un boulanger, bien qu’ayant dans son contrat de franchise accepté une exclusivité d’approvisionnement, décide de changer de fournisseur. Poursuivi en justice par le franchiseur pour rupture fautive de la clause d’approvisionnement, il défend que cette clause serait une restriction de concurrence et serait donc illicite au regard du droit européen de l‘article L. 420-1 du code du commerce. Les Cours d’appel et de cassation lui donnent tort : cette clause se justifie car elle est nécessaire pour préserver l’identité commune du réseau de franchise quant à la qualité et le goût des produits fabriqués par les adhérents de l’enseigne…

Extrait de l’arrêt de la Cour de cassation, civile, Chambre commerciale du 20 décembre 2017.
Pourvoi n° 16-20500.

« LA COUR DE CASSATION, CHAMBRE COMMERCIALE, a rendu l’arrêt suivant :

Attendu, selon l’arrêt attaqué (Paris, 11 mai 2016), que, le 29 septembre 2005, la société Au Pain d’Elise (la société APE) a conclu avec la société Commerce développement franchise international (la société CDFI) un contrat de franchise pour une durée initiale de neuf ans, renouvelable par tacite reconduction par période de cinq ans et prévoyant l’obligation pour le franchisé de s’approvisionner exclusivement, pour les gammes qu’il fabrique, auprès de la société Boulangerie tradition biotechnologie (la société BTB), laquelle a développé un concept de fabrication de pains traditionnels au levain naturel ; que, la société APE ayant notifié à la société CDFI la résiliation du contrat de franchise, cette dernière l’a assignée en réparation du préjudice résultant de la rupture ; que la société BTB ayant parallèlement assigné la société APE en réparation du préjudice résultant de la rupture fautive de la convention d’approvisionnement, la société APE lui a opposé l’illicéité de la clause d’approvisionnement exclusif ;

Sur le premier moyen, qui est recevable :

Attendu que la société APE fait grief à l’arrêt de dire que la clause d’approvisionnement exclusif stipulée au profit de la société BTB dans le contrat de franchise est valable alors, selon le moyen :

1°/ que le seul fait qu’une clause d’un contrat puisse procurer un avantage à un tiers ne suffit pas à caractériser l’intention de stipuler pour autrui, laquelle suppose la volonté de conférer au tiers bénéficiaire un droit direct à l’encontre du promettant ; que la clause par laquelle le franchiseur impose au franchisé, en raison des spécificités de la franchise, de s’approvisionner auprès d’un tiers dont les produits sont spécialement adaptés à celles-ci, ne constitue qu’une modalité d’exécution du contrat de franchise et n’a donc pas vocation à instituer, au profit du fournisseur, un droit propre et direct à l’égard du franchisé ; qu’en disant que la clause par laquelle il était fait obligation à la société APE de se fournir exclusivement auprès de la société BTB constitue une stipulation pour autrui profitant à cette dernière quand il résulte des termes clairs et précis du contrat, expressément cités par l’arrêt attaqué, que cette clause avait pour seule finalité, en raison de l’originalité et de la qualité prétendues des produits vendus par la société BTB, de « transmettre » au franchisé un savoir-faire, de participer au « développement de la notoriété de la marque et de l’enseigne » et de « contribuer à l’image et l’identité du réseau », ce dont il résultait de façon manifeste, que l’obligation faite à la société APE de se fournir auprès de la société BTB, loin d’avoir pour objet de conférer un droit propre et direct à cette dernière, constituait uniquement une modalité d’exécution du contrat de franchise, la cour d’appel n’a pas tiré les conséquences légales de ses constatations dont il s’évinçait que le contrat de franchise ne contenait aucune stipulation pour autrui, et a violé l’ancien article 1121 du code civil, applicable à la cause ;

2°/ qu’il résulte par ailleurs des termes de l’arrêt attaqué que le contrat de franchise laissait au franchisé la possibilité de demander au franchiseur le référencement d’autres fournisseurs dès lors qu’ils pratiquaient des prix inférieurs à ceux de la société BTB et que les produits vendus par ceux-ci présentaient les qualités requises pour être commercialisés dans le cadre de la franchise ; qu’en retenant l’existence d’une stipulation pour autrui quand une faculté, qui établit que l’obligation de se fournir auprès de la société BTB n’avait pas été stipulée dans l’intérêt de celle-ci, est incompatible avec l’intention de procurer au fournisseur un droit propre et direct dont il pourrait se prévaloir à l’égard du franchisé, la cour d’appel n’a pas tiré les conséquences légales de ses constatations et a violé l’ancien article 1121 du code civil ;

3°/ qu’en retenant, contre les termes clairs et précis du contrat de franchise, expressément cités par son arrêt, que les parties avaient entendu conférer à la société BTB un droit propre et direct dont elle pouvait se prévaloir à l’égard de la société APE, la cour d’appel a violé le principe suivant lequel les juges du fond ne peuvent dénaturer les actes soumis à leur examen ;

4°/ qu’à supposer même que la clause litigieuse puisse être qualifiée de stipulation pour autrui, le bénéficiaire peut toujours se voir opposer par le promettant toutes les exceptions susceptibles d’être invoquées à l’encontre du stipulant et notamment la résiliation du contrat de franchise en raison des manquements commis par ces derniers à l’égard du promettant ; que disant valable la clause d’approvisionnement exclusif stipulée au profit de la société BTB quand cette clause n’avait plus vocation à s’appliquer en raison de la résiliation, par la société APE du contrat de franchise, laquelle était opposable à la société BTB, la cour d’appel a violé l’ancien article 1121 du code civil ;

Mais attendu, en premier lieu, qu’après avoir rappelé que la stipulation pour autrui est un contrat en vertu duquel le stipulant demande au promettant de s’engager envers le tiers bénéficiaire, l’arrêt relève que le contrat de franchise précise que la société CDFI a demandé à la société APE de s’engager à se fournir exclusivement pour les produits de la gamme fabriqués par la société BTB auprès de cette dernière, et retient souverainement, et sans dénaturation, qu’il existe une volonté manifeste des parties de faire naître au profit de la société BTB un droit contre la société APE, né de l’accord entre cette dernière et la société CDFI, peu important la faculté du franchisé de proposer un autre fournisseur ;

Et attendu, en second lieu, qu’il ne résulte ni de l’arrêt ni des conclusions devant la cour d’appel de la société APE que celle-ci ait soutenu que la société BTB, bénéficiaire de la stipulation pour autrui, pouvait se voir opposer par la société APE, en qualité de promettant, la résiliation du contrat de franchise en raison des manquements de la société CDFI ; que le moyen, pris en sa quatrième branche, est nouveau et mélangé de fait et de droit ;

D’où il suit que le moyen, irrecevable en sa dernière branche, n’est pas fondé pour le surplus ;

Et sur le second moyen :

Attendu que la société APE fait le même grief à l’arrêt alors, selon le moyen, que lorsqu’une clause est qualifiée de clause de non-concurrence au sens de l’article 1, d du règlement UE n° 330/2010 du 20 avril 2010 concernant l’application de l’article 101, paragraphe 3, du Traité sur le fonctionnement de l’Union européenne à des catégories d’accords verticaux et de pratiques concertées et qu’elle n’est pas susceptible de relever de l’une des clauses d’exemption générale prévues par cet article, cette clause est nulle de plein droit, sauf si celui auquel elle profite parvient à démontrer qu’il relève de l’une des exemptions individuelles prévues par l’article 5, 3 du règlement ; qu’en application de cet article, constitue une telle exemption individuelle, la clause de non concurrence qui s’avère indispensable à la protection d’un savoir-faire transféré par le fournisseur à l’acheteur ; que la cour d’appel a constaté, d’une part, que la clause d’approvisionnement exclusif prévue par le contrat de franchise constituait une clause de non-concurrence au sens de l’article 1, du règlement UE n° 330/2010 et, d’autre part, qu’étant à durée indéterminée, elle n’était pas susceptible de relever de l’une des exemptions générales prévues par le texte ; qu’en jugeant néanmoins cette clause valable aux motifs que la société APE ne démontrait que la clause d’approvisionnement exclusif n’était pas indispensable à la protection du savoir-faire transféré quand il appartenait en réalité à la société BTB de démontrer au contraire qu’elle relevait de cette exemption individuelle prévue par l’article 5, 3 du règlement n° 330/2010, la cour d’appel qui a inversé la charge de la preuve, a violé les articles 101 du Traité sur le fonctionnement de l’Union européenne, 1, 2 et 5 du règlement UE n° 330/2010, ensemble les articles L. 420-1, L. 420-2, L. 420-3 du code de commerce et l’article 1315 du code civil ;

Mais attendu qu’après avoir relevé qu’en matière de franchise, les clauses qui organisent le contrôle indispensable à la préservation de l’identité et de la réputation du réseau, symbolisé par l’enseigne, ne constituent pas des restrictions de concurrence au sens des articles 101, paragraphe 1, du Traité sur le fonctionnement de l’Union européenne et L. 420-1 du code de commerce, l’arrêt retient, par motifs propres et adoptés, que la clause d’approvisionnement exclusif imposée aux franchisés était nécessaire pour disposer chez chacun d’eux d’une uniformité de qualité et de goût des produits fabriqués selon un cahier des charges et un procédé propre à la société BTB, constituant ainsi un élément décisif pour l’image et l’identité du réseau de franchise ; qu’en cet état, la cour d’appel a pu retenir la validité de la clause ; que le moyen n’est pas fondé ;

PAR CES MOTIFS :

REJETTE le pourvoi ;

Condamne la société Au Pain d’Elise aux dépens ;

Vu l’article 700 du code de procédure civile, la condamne à payer à la société Boulangerie tradition biotechnologie la somme de 3 000 euros et rejette sa demande ;

Vu l’article R. 490-5 du code de commerce, dit que sur les diligences du directeur de greffe de la Cour de cassation, le présent arrêt sera notifié, par lettre recommandée avec accusé de réception, à la Commission européenne, à l’Autorité de la concurrence et au ministre chargé de l’économie ;

Ainsi fait et jugé par la Cour de cassation, chambre commerciale, financière et économique, et prononcé par le président en son audience publique du vingt décembre deux mille dix-sept.

Photo : Pogonici – Fotolia.com.

Créer une SAS

La SAS, société par actions simplifiée, est un statut juridique qui est de plus en plus adopté par les entrepreneurs. Ce notamment depuis l’assujettissement aux cotisations sociales d’une partie des dividendes du gérant majoritaire de SARL.

Le Cabinet Castel vous conseille

Retrait du dossier de création d’entreprise

D’abord un Centre de Formalités des Entreprises (CFE) pour retirer un dossier de création d’entreprise.

Rédaction des statuts

Formalisme et mentions obligatoires.

Nomination du Président. 

Il représentera la société auprès des tiers.

 

Capital social

Exclusivement à usage professionnel.

Avis de constitution

Une annonce légale doit être publiée dans un journal d’annonces légales.

Dépôt du dossier de création d’entreprise

De nouveau au CFE pour déposer votre dossier de création d’entreprise.

Recette des impôts

Dans le délai d’un mois après le dépôt du dossier auprès du CFE.
Commissaire aux comptes

Obligatoire si contrôle ou contrôlée par une ou plusieurs sociétés ; un ou plusieurs associés représentant au moins le dixième du capital

Commissaire aux apports

Apports en nature.

 

 

Quel statut pour votre société

Pour créer une société, vous devez vous interroger sur le choix de son statut juridique.

De nombreuses possibilités existent (SARL, EURL, SAS, SASU, SELARL, Société Anonyme, etc.). Le choix déterminera vos charges et vos obligations.

Cinq critères : Le montant du capital, le partage du capital, actions ou  parts sociales, la responsabilité du dirigeant et le régime fiscal et social de l’entrepreneur.

Pour le meilleur choix, le Cabinet Castel vous informe sur la meilleure .

Il vous orientera selon votre projet.

 

Concurrence déloyale : une société condamnée pour parasitisme

 

Une société A poursuit une société B pour parasitisme car elle estime que cette dernière a effectué des actes de désorganisation par débauchage de salariés et usurpation de savoir-faire. En effet la société B avait ciblé et débauché 5 salariés pour leurs compétences techniques et leur expérience. Les juges ont déduit que ce recrutement ciblé organisé par la société B permettait l’acquisition à coût réduit des procédés de réglage de l’outil de fabrication d’un produit susceptible de concurrencer celui provenant des investissements de recherche et développement de la société A…

 


Extrait de l’arrêt de la Cour de cassation, civile, Chambre commerciale du 8 novembre 2016.
Pourvoi n° 15-14437.

« LA COUR DE CASSATION, CHAMBRE COMMERCIALE, a rendu l’arrêt suivant :

Sur le moyen unique :

Attendu, selon l’arrêt attaqué (Nîmes, 8 janvier 2015), que la société Activ Medical Disposable (la société AMD), ayant pour activité la fabrication et commercialisation de produits d’hygiène à usage unique pour incontinents, est dirigée par MM. X…et Y…, tous deux anciens dirigeants des sociétés Hygiène diffusion et Hygiène médica, devenues les sociétés Ontex Health Care France (la société Ontex France) et Ontex BVBA, respectivement filiales française et belge du groupe Ontex, spécialisé dans le même secteur ; qu’invoquant des actes de désorganisation par débauchage de ses salariés et d’usurpation de son savoir-faire, la société Ontex France a assigné la société AMD en paiement de dommages-intérêts pour concurrence déloyale et parasitaire ; que la société Ontex BVBA, intervenant volontairement à l’instance, a repris à son compte les demandes formées par la société Ontex France au titre de l’usurpation du savoir-faire d’Ontex ;

Attendu que la société AMD fait grief à l’arrêt de la déclarer responsable d’agissements parasitaires au préjudice de la société Ontex BVBA alors, selon le moyen :

1°/ que tout jugement ou arrêt doit être motivé, à peine de nullité ; que la contradiction de motifs équivaut à un défaut de motifs ; qu’en énonçant, pour décider que la société AMD avait commis des actes de parasitisme en détournant le savoir-faire de la société Ontex BVBA, d’une part, qu’il n’était pas établi que la société Ontex France se trouverait dépositaire du savoir-faire de la société Ontex, et d’autre part, qu’elle avait détourné ce savoir-faire en recrutant des salariés de la société Ontex France, la cour d’appel, qui a tout à la fois affirmé qu’il était établi et qu’il n’était pas établi que la société Ontex France détenait le savoir-faire en cause, s’est prononcée par des motifs entachés de contradiction, en violation de l’article 455 du code de procédure civile ;

2°/ qu’en énonçant, pour décider que la société AMD avait commis des actes de parasitisme à l’encontre de la société Ontex BVBA, que celle-ci avait détourné son savoir-faire en recrutant d’anciens salariés de la société Ontex France, après avoir pourtant constaté qu’il n’était pas établi que cette dernière aurait été dépositaire du savoir-faire de la société Ontex BVBA, la cour d’appel, qui s’est prononcée pas des motifs impropres à caractériser des agissements parasitaires, a privé sa décision de base légale au regard de l’article 1382 du code civil ;

3°/ que le détournement d’un savoir-faire ne constitue un agissement parasitaire que si ce savoir-faire présente un caractère singulier ; qu’en se bornant, pour décider que la société AMD avait commis une faute en se livrant à des agissements parasitaires à l’encontre de la société Ontex BVBA, à énoncer qu’elle avait détourné son savoir-faire permettant de procéder à des réglages spécifiques de la chaîne de production, sans rechercher, comme elle y était invitée, si ces réglages étaient communs aux chaînes de fabrication mises en place dans plusieurs sociétés intervenant sur le même marché, de sorte que le savoir-faire de la société Ontex BVBA ne présentait aucun caractère singulier, la cour d’appel a privé sa décision de base légale au regard de l’article 1382 du code civil ;

4°/ que le juge ne peut méconnaître les limites du litige, telles qu’elles sont déterminées par les conclusions respectives des parties ; que la société Ontex BVBA sollicitait la somme de 5 201 796 euros à titre de dommages-intérêts, en réparation du préjudice matériel qu’elle prétendait avoir subi du fait des agissements de la société AMD ; que la cour d’appel a constaté que cette somme comprenait la réparation de deux préjudices, évalués par la société Ontex à la somme de 3 690 000 euros, correspondant à l’estimation du coût de modification de quinze chaînes de production, d’une part, et à la somme de 1 511 796 euros, correspondant aux frais de recherche et de développement, d’autre part, et a estimé qu’aucune de ces demandes n’était fondée ; qu’en allouant néanmoins à la société Ontex BVBA une indemnité de 750 000 euros, la cour d’appel, qui a indemnisé un préjudice dont, selon ses propres constatations, elle n’était pas saisie, a méconnu les limites du litige, en violation des articles 4 et 5 du code de procédure civile ;

5°/ que, subsidiairement, en se bornant à affirmer, pour condamner la société AMD à payer à la société Ontex France la somme de 750 000 euros à titre de dommages-intérêts en réparation du préjudice que cette dernière aurait subi du fait des actes de parasitisme, que la société AMD avait augmenté son résultat d’exploitation, sans constater que l’activité de la société Ontex BVBA en avait été affectée, la cour d’appel a privé sa décision de base légale au regard de l’article 1382 du code civil ;

Mais attendu, en premier lieu, qu’après avoir constaté que les sociétés Ontex ne fournissaient pas d’explication sur l’articulation de leurs activités respectives, notamment quant aux conditions dans lesquelles la société Ontex France se trouverait dépositaire du savoir-faire de la société Ontex, l’arrêt relève qu’il résulte des éléments produits que la fabrication en série du produit nécessitait des réglages spécifiques de la chaîne de production, qui constituent des informations privilégiées non communiquées aux tiers, constitutives elles-mêmes du savoir-faire de la société Ontex, et qu’il ne ressort d’aucun élément que M. X…, dont le propre savoir-faire dans la fabrication des couches-culottes, voire dans la mise au point de machines-outils n’est pas remis en question par la société Ontex, aurait eu connaissance de ces réglages ; qu’il ajoute qu’il n’en demeure pas moins que les cinq salariés démissionnaires de la société Ontex France, ainsi que l’ingénieur en formation auprès de cette même société, qui ont été recrutés dans la même période de temps pour leurs compétences techniques et leur expérience acquise auprès de la société concurrente, étaient employés à la mise au point de la chaîne de fabrication de la société AMD, dont la production ne devait débuter de manière effective que plusieurs mois plus tard ; qu’il en déduit l’existence d’une preuve suffisante que ce recrutement ciblé avait pour but l’acquisition à coût réduit des procédés de réglage de l’outil de fabrication d’un produit susceptible de concurrencer celui issu des investissements de recherche et de développement antérieurement exposés par la société Ontex ; qu’en l’état de ces constatations et appréciations, dont il résulte que la société Ontex France était dépositaire du savoir-faire singulier de la société Ontex BVBA, la cour d’appel, qui a procédé à la recherche invoquée à la troisième branche, a, sans se prononcer par des motifs contradictoires, légalement justifié sa décision ;

Et attendu, en second lieu, que la société Ontex BVBA faisait valoir qu’en usurpant son savoir-faire, la société AMD avait bénéficié d’un avantage concurrentiel considérable qui lui avait permis de pratiquer des prix très bas ; que si la cour d’appel a constaté que les sommes réclamées au titre des modifications des chaînes de production et des frais de recherche et développement n’étaient pas justifiées, elle a néanmoins relevé que les bilans de la société AMD montraient, après deux premiers exercices déficitaires, un résultat d’exploitation bénéficiaire auquel s’était ajouté un résultat exceptionnel et retenu que cette évolution du résultat confirmait l’avantage recueilli par rapport à la concurrence à la suite de l’acquisition du savoir-faire de la société Ontex BVBA dans le réglage et la mise au point des machines ; qu’en l’état de ces constatations et appréciations, faisant ressortir l’existence d’un trouble commercial générateur d’un préjudice pour la société Ontex BVBA, la cour d’appel a pu, sans méconnaître les termes du litige, allouer une indemnité à cette dernière ;

D’où il suit que le moyen n’est pas fondé ;

PAR CES MOTIFS :

REJETTE le pourvoi ;

Condamne la société Activ Medical Disposable aux dépens ;

Vu l’article 700 du code de procédure civile, la condamne à payer à la société Ontex Health Care France et la société Ontex BVBA la somme globale de 3 000 euros et rejette sa demande ;

Ainsi fait et jugé par la Cour de cassation, chambre commerciale, financière et économique, et prononcé par le président en son audience publique du huit novembre deux mille seize.

Photo : Texelart – Fotolia.com.

Nos clients entreprises

Confidentialité, fiabilité, efficacité sans oublier les économies sont vos exigences de tous les jours.

Nos valeurs correspondent à vos exigences: Qualité, réactivité et vision à long terme sont les valeurs qui font du Cabinet Castel un cabinet d’avocats de référence, plaçant ses clients au centre de ses préoccupations.

Afin de vous apporter un véritable support juridique, le Cabinet Castel appréhende tous les aspects juridiques liés à l’activité et au suivi juridique de votre société.

 

 

1001-20141616-09161397632572-plaid2Le Cabinet:

  • Négocie et rédige tout document contractuel,
  • Identifie vos risques juridiques et vos opportunités contractuelles, puis met en place les actions pour les maîtriser,
  • Garantir le respect des  obligations contractuelles des parties;
  • Rédige et valide tout type de contrats, accord, partenariat (conventions intra-groupe, protocole d’accord, promesses et actes de vente, baux commerciaux, contrats de prestations de services);
  • Vous assiste dans le cadre de montages contractuels, de litiges avec des cocontractants, et, plus généralement sur tous les aspects juridiques liés à la conduite de vos affaires;
  • Anticipe les réclamations potentielles, établit les dossiers pré-contentieux,
  • Vous Conseille sur les enjeux relatifs à la propriété intellectuelle;
  • Analyse et valide tous documents contractuels soumis dans le cadre de la mise en place de partenariats;
  • Gère votre portefeuille de marques dessins et modèles et effectuer le suivi en matière de protection de marques et prise en charge des contentieux.
  • Organise les CA et AG, rédiger les PV et décisions d’associés, suivre les mandats, la rémunération des dirigeants,
  • Gère les conventions réglementées, les modifications au RCS et l’accomplissement des formalités légales, la gestion des titres, la tenue des registres.
  • Gère les opérations juridiques courantes : constitutions de sociétés, approbation des comptes annuels, cessions de parts sociales, dissolution, modifications statutaires, mise à jour des registres légaux, préparation et tenue des dossiers d’assemblée générale, fiches sociétés …;
  • Assiste à la mise en œuvre des opérations complexes : fusions, acquisitions, restructuration, cessions, transferts.
  • Suit et Participe aux opérations exceptionnelles (opérations sur le capital, augmentation et réduction de capital, dissolution, émissions de titres, apport de titres, prises de participation, audits juridiques).
  • Assure une veille juridique sur l’évolution du droit des sociétés.

 

Avec motivation et implication, fort de son expérience au service de ses clients entreprises, le Cabinet fait preuve d’une réelle motivation à s’engager pour votre société en phase de développement et contribue efficacement à l’optimisation de la conformité de votre dispositif juridique.

DROIT DES SOCIÉTÉS et DES ENTREPRISES

Le Cabinet Castel vous aide à administrer votre société.

Le Cabinet Castel vous aide à répondre aux questions inévitables:  Pourquoi une société civile ? À l’IR ou à l’IS ? Comment organiser les pouvoirs entre gérant, associé, usufruitier ? Quelles applications pour le patrimoine privé et professionnel ? Comment tirer parti des opportunités fiscales ? Comment rédiger les statuts, quelles clauses… ?

Pensez à vos Assemblées Générales et à l’affectation de votre résultat!

Toutes les sociétés doivent, au moins une fois par an, convoquer une assemblée pour approuver les comptes de l’exercice et affecter le résultat, gain ou perte ! Le Cabinet Castel prend en charge la vie sociale de votre sociétés (SARL, SCM, SA, SAS, EURL, etc.).

A ce titre, en plus du suivi juridique annuel (convocations, PV d’assemblées générales, tenue des registres, suivi des formalités), nous intervenons sur des missions juridiques très variées :

  • constitution de société;
  • rédaction, formalités, saisies et envois d’actes, placements et significations;
  • cession d’actions ou de titres,
  • transformation de société,
  • augmentation de capital,
  • transfert de siège social,
  • changement de Gérant ou de Président,
  • opérations de restructuration : fusion, cession de société, apport de titres.

Avec autonomie, rigueur et  sens de la communication, le Cabinet Castel dispose de tous les atouts pour vous conseiller les plus efficacement.

Polyvalent, nous disposons de compétences élargies dans d’autres domaines juridiques :

  • Marques;
  • Liquidation judiciaire;
  • Redressement judiciaire;
  • Auto-entrepreneur;
  • Cession fonds de commerce;
  • Annonces légales;
  • Propriété industrielle;
  • Contrôle fiscal
  • Franchise
  • Liquidations
  • Assurances
  • Joint Venture
  • Pacte d’actionnaires

 

  • La situation du cédant
  • La cession avec le cumul emploi-retraite
  • La cession avec retraite partielle
  • La cession à un enfant avec cogérance en holding
  • La situation du repreneur
  • La garantie à la Garantie du Passif

 

Veille Juridique