Cinq romanciers condamnés pour s’être (un peu trop) inspirés de la vraie vie

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Anne BrigaudeauFrance Télévisions

Plus que quelques jours avant la rentrée littéraire, et déjà une polémique. Séverine Servat de Rugy, l’épouse du président de l’Assemblée nationale François de Rugy (LREM), estime que le roman “Vivre ensemble” d’Émilie Frèche, à paraître le 22 août, porte atteinte à sa vie privée.

 

Quoi de tel qu’une odeur de soufre pour lancer la rentrée littéraire ? Avant même la parution des livres de l’automne, une polémique oppose une journaliste de Gala, Séverine Servat de Rugy, épouse du président de l’Assemblée nationale François de Rugy, à la romancière Emilie Frèche, qui publie fin août Vivre ensemble (Stock). La première reproche à la seconde de porter atteinte à sa vie privée, et à celle du fils qu’elle a eu avec Jérôme Guedj. Or Emilie Frèche est aujourd’hui la compagne de l’ancien député PS de l’Essonne, et son roman porte sur les familles recomposées.

Après avoir obtenu un encart précisant qu’il s’agissait bien d’une “œuvre de fiction”, Séverine Servat de Rugy a toutefois renoncé à demander l’interdiction du livre. Un exemple parmi d’autres d’une tendance à la judiciarisation ? Avec la floraison de romans plus ou moins autobiographiques, ou mettant en scène des personnalités connues, les procès pour atteinte à la vie privée se multiplient ces dernières années. En voici cinq exemples.

“Fragments d’une femme perdue”, de Patrick Poivre d’Arvor

Le roman. Paru en 2009 et signé Patrick Poivre d’Arvor, Fragments d’une femme perdue dépeint l’histoire d’amour entre Alexis et Violette. L’héroïne est “ce qu’on appelle une femme fatale : singulièrement belle, vénéneuse, fragile, cruelle, insaisissable”, selon le site Babelio, “et ceux qui prennent le risque de l’adorer sont en danger – après avoir été en extase”. Voilà pour la version édulcorée : ladite femme fatale y est également traitée de “pute” ou de “traînée”.

La plainte. L’ancienne compagne de l’ex-présentateur du 20 heures de TF1 n’a pas du tout apprécié cette fiction où elle s’est reconnue trait pour trait. Se sentant doublement pillée, elle porte plainte pour “atteinte à l’intimité de la vie privée”, mais aussi pour “contrefaçon”. Il a été jusqu’à reproduire, accuse-t-elle, documents à l’appui, ses lettres d’amour et ses textos. Quant aux similitudes entre l’héroïne de fiction et son inspiratrice de chair et de sang, son avocate en trouvera vingt et une : “même écart d’âge – 25 de moins que le héros –, même bague, même enfance, même passage à l‘hôpital pour même infection, même passion pour Henry Miller, mêmes voyages, etc.”, note encore Télérama. La plaignante réclame donc “150 000 euros de dommages et intérêts, l’interdiction de la sortie en poche du livre, ainsi que l’interdiction d’adaptation cinématographique”.

La décision de justice. “Les procédés littéraires utilisés ne permettent pas au lecteur de différencier les personnages de la réalité, de sorte que l’œuvre ne peut être qualifiée de fictionnelle”, estime le tribunal de grande instance de Paris. Patrick Poivre d’Arvor est donc condamné à payer 25 000 euros de dommages et intérêts à la jeune femme, ainsi que 8 000 euros couvrant les frais de justice et de publication du jugement dans deux journaux. “Mais la décision la plus grave et la plus rare sur le plan judiciaire est l’interdiction de toute nouvelle réimpression du roman”, remarque Le Figaro.

“Colères” de Lionel Duroy

Le roman. Les fictions fleuves de l’ancien journaliste de Libération puisent dans les naufrages familiaux. Après avoir conté son enfance au milieu de dix frères et sœurs et de parents fantasques dans Le Chagrin, le narrateur déroule dans Colères (Robert Laffont, 2011) la rupture avec son fils “David”, dépeint en drogué.

La plainte. Le fils de Lionel Duroy, Raphaël dans la vraie vie, porte plainte pour atteinte à la vie privée. Il fait valoir, relate L’Obs, que son père va jusqu’à insérer en page 29 de son livre un mail qu’il lui a réellement envoyé (“Tu vas pouvoir assumer ton fils camé tranquillement”, y écrit-il). Le jeune homme demande, toujours selon L’Obs, ” 25 000 euros aux éditions Robert Laffont et l’interdiction du livre. Sa destruction, donc. Sous astreinte de 1 000 euros par jour de retard.”

La décision de justice. Le 23 mai 2013, la maison d’édition Robert Laffont est condamnée à verser à Raphaël Duroy 10 000 euros de dommages et intérêts pour atteintes à sa vie privée. “Nombreuses et au centre de la moitié de la première partie de l’ouvrage”, celles-ci “mettent à nu l’intimité de la construction, depuis sa naissance, d’un jeune homme de 27 ans”, souligne le tribunal de grande instance de Paris.

“Les Petits”, de Christine Angot

Le roman. La prêtresse de l’autofiction se nourrit de ses rencontres et n’en fait pas mystère. Les modèles de ses héros sont parfois célèbres : dans Le Marché des amants, elle narre ainsi ses amours, détails crus à l’appui, avec le rappeur Doc Gynéco. Dans le suivant, Les Petits (Flammarion, 2011), elle met en scène une certaine “Hélène”, compagne d’un musicien martiniquais du nom de Billy, en manipulatrice “toute puissante”, selon Le Monde. Les cinq enfants sont “instrumentalisés”, le couple devient un enfer sous l’effet de la colère permanente de la mère.

La plainte. En réalité, “Billy” est le nouveau compagnon de Christine Angot, et “Hélène”, son ex-compagne, s’appelle Élise Bidoit. Elise identifiable, la frontière se fait mince entre fiction et ingérence dans la vie privée d’autrui”,écrit L’Obs, dans un article intitulé “Comment Christine Angot a détruit la vie d’Élise B“. La jeune femme porte plainte pour atteinte à la vie privée. “À la parution de son livre, j’ai tenté de mettre fin à mes jours. Tout est vrai dans son livre, c’est ma vie. Elle veut ma mort, détruire mes enfants”, dira-t-elle à L’Express.  Elle réclame 200 000 euros de dommages et intérêts.

La décision de justice. Le 27 mai 2013, relate Le Figaro, le tribunal de grande instance de Paris ordonne à Christine Angot de verser 40 000 euros de dommages et intérêts à Élise Bidoit. La multitude de détails donnés dans le livre, souligne Le Monde, lève “dans l’esprit du lecteur tout doute sur l’enracinement dans la réalité du récit”. La justice retient comme une sorte de “circonstance aggravante”, poursuit le journal, le fait qu’Élise Bidoit avait déjà protesté contre le précédent livre de Christine Angot, manifestant ainsi “son opposition à toute utilisation, par cet auteur, d’éléments de sa vie privée”. Elle n’avait pas, cette fois-là, porté plainte (une transaction à l’amiable avait été conclue).

“Belle et bête” de Marcela Iacub

Le roman. Mêlant fiction et réalité, l’auteure, Marcela Iacub, raconte sa liaison avec Dominique Strauss-Kahn dans ce livre publié par les éditions Stock en février 2013. Elle décrit sans fard les fantasmes de son amant (non nommé), “mi-homme mi-cochon”. “Il lèche beaucoup les oreilles, adore enduire sa partenaire de confiture (à l’orange) avant de la lécher (encore), tombe littéralement en extase après avoir monologué sur les attraits de sa truie (sic)”, résume Le Point.

La plainte. Nommé ou pas, Dominique Strauss-Kahn assigne en référé l’auteure et la maison d’édition pour “atteinte à la vie privée”, avant même la parution du livre. Il réclame 100 000 euros de dommages et intérêts solidairement à Marcela Iacub et à Stock, et la même somme au Nouvel Observateur pour avoir publié en avant-première les bonnes feuilles de l’ouvrage. Il demande aussi l’insertion d’un encart dans le livre mentionnant que Belle et bête porte atteinte à sa vie privée.

La décision de justice. Le 26 février 2013, le tribunal de grande instance de Paris ordonne que l’encart  soit inséré dans l’ouvrage, comme le voulait le plaignant. Ce qui oblige Stock à retarder la mise en vente de dizaines de milliers d’exemplaires.  Marcela Iacub et sa maison d’édition doivent, en outre, verser 50 000 euros de dommages et intérêts à l’ancien patron du FMI, et Le Nouvel Observateur 25 000 euros.

“La Ballade de Rikers Island” de Régis Jauffret

Le roman. Le nom de Dominique Strauss-Kahn (encore lui) n’apparaît pas dans le roman, mais le sujet ne prête pas à ambiguïté. Parue en janvier 2014 au Seuil, La Ballade de Rikers Island déroule sur 400 pages l’affaire du Sofitel de New York. On y voit le “président d’une institution financière internationale” être “accusé de viol par une femme de chambre”, qui est, elle, nommée : Nafissatou Diallo.

La plainte. L’ancien directeur général du FMI porte plainte pour “diffamation”, qualifiée d’“effroyable”. Il n’accepte pas que l’écrivain qualifie de “scène de viol” la relation sexuelle entre lui et Nafissatou Diallo. Or, précise Télérama, “la justice américaine n’a jamais condamné DSK pour viol, puisque celui-ci a obtenu le désistement de la plaignante au civil, à la suite d’une transaction financière”. L’ancien maire de Sarcelles demande 50 000 euros.

La décision de justice. “Il ne saurait suffire, pour prétendre échapper à toute condamnation, de s’abriter sous la qualification expresse de ‘roman'”,tranche le tribunal correctionnel de Paris. Le 2 juin 2014, Régis Jauffret est condamné à une amende de 1 500 euros avec sursis, ainsi qu’à 10 000 euros de dommages et intérêts au titre du préjudice moral pour certains passages de son ouvrage et à 5 000 euros pour des propos tenus à la radio pendant la promotion de son livre. Le tribunal interdit aussi toute nouvelle édition du roman comportant les passages jugés diffamatoires. L’écrivain fait appel, en vain : le 11 mai 2017, la cour d’appel de Paris confirme le jugement de première instance.

Pour cette avocate, le travail a tout d’un roman

Cécile Reyboz | Daniel Fouray

Spécialisée en droit du travail et romancière, Cécile Reyboz a un poste d’observation idéal pour écrire sur le monde de l’entreprise. Sous sa plume vive et pleine d’humour, le monde du travail apparaît, dans toute sa splendeur et sa décadence, des profils se dégagent.

Le cabinet d’avocate de Cécile Reyboz ressemble à un théâtre. Il y entre successivement en scène salariés et employeurs, stressés, vindicatifs, combatifs, ou au bord de l’épuisement. Il y a cette salariée modèle d’une joaillerie, insidieusement poussée vers la sortie par un stagiaire ; ce peintre en bâtiment quasi analphabète mais qui a tout compris des manigances de son patron pour moins le payer ; ce directeur auquel on essaie de faire porter le chapeau du scandale touchant son entreprise…

« La musique du langage juridique »

De ces rencontres, Cécile Reyboz aurait pu faire une pièce, elle qui est entrée en écriture par le théâtre. Elle a préféré écrire un roman, Clientèle. Elle tient à le préciser, elle n’est pas une avocate qui écrit, mais une romancière devenue avocate, déjà auteure de trois livres.

Cette femme souriante et coquette de 50 ans a bien fait de très sérieuses études de droit. Presque par dépit. Parisienne aux attaches savoyardes, elle voulait être médecin, comme papa. « Un métier qui soit un bon observatoire de la nature humaine. » Trop mauvaise en maths. Alors, elle s’est laissée « prendre par la musique du langage juridique », a découvert le droit du travail.

Elle a travaillé pendant quinze ans dans des services de relations humaines, notamment pour un grand laboratoire pharmaceutique. Après les folles années 1990, avec l’explosion de la santé au travail, les 35 heures, la théorisation du harcèlement moral, est venue la désillusion des années 2000, « la mode du tout consultant, les nouvelles organisations piégeuses et infantilisantes, la rationalisation des coûts, les externalisations, les faux dialogues, les métiers inexplicables et qui ne servent à rien… »

Le coup de grâce est venu d’un changement d’intitulé de son poste. « J’étais responsable en relations sociales, on m’a nommée HRBP, Human Resource Business Partner… » Elle qui ne comprenait déjà plus le sens de son travail n’a pas supporté ce nom abscons.

Comment écrire?

Elle a démissionné en 2008, s’est installée comme avocate en droit du travail dans le huitième arrondissement. Elle travaille seule, « de façon quasi artisanale », reçoit une clientèle de salariés et de petits employeurs.En riant, elle reconnaît qu’elle a commencé à écrire sur son temps de travail, lorsqu’elle exerçait encore en entreprise. « J’arrivais à sauver deux heures par jour. Je le faisais pour compenser des journées professionnelles bancales, incomplètes, décevantes. »

Pourtant, il lui a fallu du temps pour se lancer. « J’ai détesté Céline ! » Lui et beaucoup d’autres. « Comment écrire, après des auteurs si talentueux ? » Et puis elle s’y est mise. « Le moteur, ça a été l’impression de percevoir des choses qui n’avaient pas encore été dites, ou pas de cette façon-là… »

Le destin de son premier roman la conforte dans ses choix. Chanson pour Bestioles a obtenu le prix de la Closerie des Lilas en 2008. L’héroïne y laissait tout tomber, et partait pour un voyage en train qui tournait à l’absurde. Son deuxième livre, Pencher pour, mettait en scène un conseiller prud’homal et une avocate.

« Je ne crois pas aux héros humains »

Pour Clientèle, elle avait le poste d’observation idéal. Elle parvient à y rendre passionnante une matière jugée, à tort, peu excitante… Sous sa plume vive et pleine d’humour, le monde du travail apparaît, dans toute sa splendeur et sa décadence, des profils se dégagent. « Certains perçoivent la rupture professionnelle comme une rupture amoureuse, d’autres règlent leurs comptes à travers une demande chiffrée, d’autres encore veulent aller jusqu’au bout sans transiger, quelle que soit l’issue financière… »

Beaucoup ont du mal à parler d’argent. Comme cette salariée licenciée qui n’arrive pas à venir chercher son gros chèque. « Elle devait se dire, « C’est le prix qu’ils mettent pour se débarrasser de moi. » »

Tous les personnages de son roman existent, même si elle a brouillé les pistes, et a fait œuvre littéraire. L’avocate du roman lui ressemble beaucoup. Elle y apparaît à l’écoute, en empathie, agacée parfois… « Attention, je ne veux pas être vue comme une avocate qui prend sur elle la douleur des gens. » Elle n’est pas une justicière. « Je ne crois pas aux héros humains. Ce qui m’intéresse, c’est de restituer les situations, les gens tels que je les perçois, avec toute leur ambiguïté, leur mauvaise foi, leurs nuances… » Elle n’a aucun problème avec l’autofiction, un genre si décrié : « Parler de soi, ça parle des autres »…

Clientèle, Actes Sud, 200 pages, 19 €.Cécile Reyboz défend ses clients sans se prendre pour une justicière.Daniel Fouray

 10 LIVRES DE DROIT

10 ouvrages incontournables

1/ Étienne de La Boétie « Discours de la servitude volontaire »

la boetie
« Soyez résolus à ne plus servir, et vous voilà libres. »

Publié en 1576 par un jeune homme de 18 ans seulement, ami de Montaigne, ce texte est d’une stupéfiante actualité. Ode à la liberté et à la résistance à l’oppression, le célèbre discours de La Boétie appelle les hommes à se libérer de leur servitude, à laquelle ils consentent volontairement par l’habitude, et à vivre libres en renversant les tyrans. L’auteur nous rappelle que l’union fait la force, et que la liberté se conquiert.

2 & 3/ Platon « Phèdre » et « Gorgias »

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« La rhétorique n’a aucun besoin de savoir ce que sont les choses dont elle parle ; simplement elle a découvert un procédé qui sert à convaincre, et le résultat est que, devant un public d’ignorants, elle a l’air d’en savoir plus que n’en savent les connaisseurs […] Dans les tribunaux, personne n’a le moindre souci de la vérité. »

Dans « Phèdre » (deuxième partie) et « Gorgias », Socrate, retranscrit par Platon, dénonce la rhétorique (l’art oratoire), comme une méthode ne permettant pas de faire émerger la vérité. Socrate critique le pouvoir de conviction des sophistes (qui pourraient être aujourd’hui les avocats) dans les Cours de justice, au détriment du vrai. Les deux dialogues de Platon sont indispensables pour se rappeler toujours que l’art oratoire est inutile, voire nuisible à l’émergence de la vérité, et qu’il faut en revenir à un examen dépassionné des faits.

4/ Jean-Jacques Rousseau « Du contrat social »
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« Quiconque refusera d’obéir à la volonté générale y sera contraint par tout le corps : ce qui ne signifie pas autre chose sinon qu’on le forcera à être libre. »

Paru en 1762 et affirmant avec force le principe de la souveraineté populaire, « Du contrat social » de Jean Jacques Rousseau est un incontournable de la philosophie politique, qui a inspiré a inspiré nombre de constitutionnalistes. Soulevant l’éternelle question de la conciliation des intérêts particuliers et de l’intérêt général, et cherchant à définir le lien social, l’auteur nous invite à réfléchir sur ce qui « fait société ». Intemporel.

5/ Sophocle / Anouilh « Antigone »
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« Comprendre. Toujours comprendre. Moi, je ne veux pas comprendre. »

Tragédie grecque, « Antigone » est un chef-d’œuvre de la pensée. Se plonger dans sa version antique (Sophocle) ou contemporaine (Anouilh), c’est ressentir le questionnement éternel entre droit naturel et droit positif, la confrontation entre la liberté et l’obéissance. Peut-on vivre libre ? Faut-il obéir ? Existe-t-il des règles de droit non écrites, éternelles, primant toutes les autres ? « Antigone » soulève plus de questions que de réponses, et c’est très bien ainsi ! À lire et relire.

6/ Beccaria « Des délits et des peines »
beccaria

« En vertu de quel droit les hommes peuvent-ils se permettre de tuer leurs semblables ? »

Dans « Des délits et des peines », le marquis Beccaria pose en 1765 l’ensemble des principes structurants du droit pénal en réfléchissant sur la finalité de la peine, et sa nécessaire proportionnalité aux délits. Reconnu comme le premier des abolitionnistes, Beccaria démontre l’inutilité et la cruauté de la peine de mort. Robert Badinter lui rendra un hommage appuyé en préfaçant l’ouvrage. Lire Beccaria, c’est comprendre les fondements philosophiques du droit pénal. Cette lecture se prolongera avec « Le Dernier Jour d’un condamné » de Victor Hugo.

7/ Sieyès « Qu’est-ce que le tiers-état ? »

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« Qu’est-ce que le tiers-état ? Tout. Qu’a-t-il été jusqu’à présent dans l’ordre politique ? Rien. Que demande-t-il ? A être quelque chose. »

Publié en 1789 lors de la convocation des États généraux, « Qu’est-ce que le tiers-état ? » est un appel à l’insurrection populaire, et à une réelle représentativité de la Nation dans une Assemblée nationale constituante. Un ouvrage indispensable pour comprendre la Révolution française, qui scellera le sort de l’Ancien Régime, et la théorie de la souveraineté nationale.

8/ Kafka « Le procès »
kafka
« La Justice doit être immobile, sinon sa balance vacille et il ne peut plus y avoir de jugement équitable. »

Dans « Le procès », Kafka conduit le lecteur dans les méandres de la Justice, qu’il décrit par l’absurde. Satire de l’univers judiciaire, de sa lenteur et de sa bureaucratie, l’ouvrage dépeint les travers du juridisme avec beaucoup d’humour. Angoissant parfois, drôle souvent, perspicace toujours, « Le procès » plaira à qui sait le lire. Kafkaïen !
9/ Aristote « Constitution d’Athènes »

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« Ceci est la coutume des Athéniens établie par les ancêtres : si quelqu’un se révolte pour devenir tyran ou aide à établir la tyrannie, il sera privé de tout droit, lui et sa famille. »

Dans sa « Constitution d’Athènes » rédigée aux alentours de 329 av. J.-C., Aristote décrit la vie de la cité athénienne et de ses institutions dans l’Antiquité. Un ouvrage remarquable de pédagogie sur la démocratie, par ceux qui l’ont inventée. Comment comprendre où nous allons, sans savoir d’où nous venons ?

10/ Racine « Les plaideurs »

racine

« Si vous parlez toujours, il faut que je me taise. »

« Les plaideurs » est une comédie théâtrale sur l’univers de la justice. Pièce en 3 actes, la farce de Racine détendra les étudiants studieux qui auront eu le courage de lire les 9 ouvrages précédents, bien trop sérieux !

***

PS : Les étudiants qui en redemandent liront « Le Prince » de Machiavel, et « L’étranger » de Camus.

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Pierrick Gardien

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Lucien Baumann

Lucien Baumann, né le à Rennes en Ille-et-Vilaine et mort le à Niederhaslach dans le Bas-Rhin est un avocat, poète et homme de lettres français.

Biographie

Lucien Baumann a fait ses études en Alsace, d’abord au Lycée Fustel-de-Coulanges de Strasbourg où enseignait son père, puis à la Faculté de Droit de Strasbourg pour sa licence et son doctorat économie Politique.

Avocat au Barreau de Strasbourg en 1933, Lucien Baumann a assuré la défense de Lucien Sittler en 1937, qui reste dans la mémoire locale comme le dernier condamné à mort exécuté en Alsace1. Il a milité pour l’abolition de la peine de mort en France.

Lucien Baumann, ancien bâtonnier de Strasbourg de 1976 à 1978, vient tardivement à l’écriture puisque jusqu’à sa retraite dans les années 1980, l’avocat ignorait l’écrivain.

Poète inspiré, il a publié plus d’une vingtaine d’ouvrages, préfacés entre autres par Léopold Sédar Senghor, Pierre de Boisdeffre, Michel Déon et illustrés par Charles-Gustave Stoskopf, Tomi Ungerer, Claude Lapointe, Camille Claus, Robert Beltz et Pavel Canda.

Outre de très nombreux prix littéraires, Lucien Baumann a été récompensé à deux reprises par l’Académie française dont il a reçu la grande médaille pour Fables d’Aujourd’hui en 1986 et la médaille de bronze du Prix Paul Verlaine pour Le Rendez-vous de Samarcande en 1996.

Il meurt le à l’âge de 102 ans, à Niederhaslach en Alsace2.

Œuvre poétique

Prix littéraires

  • Premier prix de la Fable de la Société des Poètes et Artistes de France – Belfort – 1980.
  • Plaquette d’Or de l’Académie Internationale de Lutèce – Paris – 1984.
  • Prix du Palais Littéraire – Paris 1976.
  • Lauréat de l’Académie Française – Grande Médaille – pour Fables d’Aujourd’hui – 1986.
  • Bretzel d’or de la Poésie décerné par l’Institut des Arts et Traditions Populaires d’Alsace Strasbourg – 1987.
  • Prix de poésie classique de la XIe Biennale Azuréenne de Cannes – 1987.
  • Prix de poésie « Clément Marot » de l’Académie Littré pour Le Chasseur de Papillons – 1988.
  • Prix du Palais Littéraire – Strasbourg – 1988.
  • Prix Cesare Pavese pour l’ensemble de son œuvre – San Stefano Belbo (Italie)- 1992
  • Prix Raphaël Leygues de la Société des Poètes Français pour l’ensemble de son œuvre – Paris 1993.
  • Prix de la Nature et de l’Environnement du Jasmin d’Argent – Société Littéraire de l’Agenais – 1993.
  • Prix Maurice Donnay de la Fédération Nationale des Écrivains de France – Académie des Provinces Françaises pour De l’Avare au Zélé ou Les Caractères de A à Z – 1995.
  • Lauréat de l’Académie Française, Prix Paul Verlaine pour Le Rendez-vous de Samarcande – 1996.
  • Prix Huguette Perrier de Poésie Classique de l’Académie des Jeux Floraux de Toulouse pour Les Tréteaux sont Dressés – 1996.
  • Lyre d’Honneur de l’Institut Académique de Paris – 1996.
  • Prix spécial du jury de la Fédération des Écrivains de France – Académie des Provinces Françaises – 1998.
  • Prix Bernard Aurore de l’Académie des Poètes Classiques de France – 1998.
  • Prix Spécial du Jasmin d’Argent pour l’ensemble de son œuvre – 1998.
  • Prix Jean Michel Renaitour de la Société des Poètes Français – Prix de fondation – 1998.
  • Coupe de la Ville de Paris de l’Institut Académique de Paris – 1998.
  • Premier prix de Poésie Classique du Conservatoire de la Poésie Classique Française Paris – 1998.
  • Grande Coupe d’Honneur – Hors concours – de l’Académie Internationale de Lutèce Paris – 1999.
  • Prix de littérature pour l’ensemble de son œuvre décerné par l’Académie des Marches de l’Est – 2009.

Hommages et reconnaissance

  • Grande médaille René Cassin pour les mérites acquis au titre du civisme et de la défense des Droits de l’Homme – Metz 1989.
  • Médaille d’honneur de la ville de Metz – 1989.
  • Grande Médaille du Centre Mondial de la Liberté et des Droits de l’Homme – Verdun 1990.
  • Depuis 2003 le Lycée Fustel-de-Coulanges de Strasbourg décerne un prix de poésie classique intitulé Prix de poésie classique Lucien Baumann.
  • En 2008 le concours étudiant de poésie du CROUS de Strasbourg est baptisé Prix de la Poésie Universitaire Lucien Baumann.
  • À Niederhaslach dans le Bas-Rhin où il demeure, une voie s’appelle Rue du Bâtonnier Baumann.

Notes et références

Bibliographie

Liens externes

“La défense Lincoln” (Connelly)

Connelly abandonne Harry Bosch et c’est tant mieux : son nouvel héros, avocat douteux, tient toutes ses promesses

 Brillant avocat cordialement méprisé par ses confrères, Michael Haller compte pour clientèle essentielle des dealers et des prostituées.

 Et de prendre pour maxime cet axiome: “le droit n’a rien à voir avec la vérité”. Lorsqu’un riche héritier de Beverly Hills, Louis Roulet, accusé d’avoir défiguré une femme à coups de poing, fait appel à lui, Haller n’a qu’une seule crainte : être tombé sur: un innocent. Ne dévoilons pas l’intrigue. Disons juste que l'”affaire Roulet” dépassera largement ses espérances…

 Avec tout son talent de romancier, Michael Connelly (qui abandonne pour une fois l’inspecteur Harry Bosch, son héros fétiche) s’approprie avec brio un genre très répandu outre-Atlantique : le roman procédural. Avec toute l’expertise du chroniqueur judiciaire qu’il fut, l’auteur à succès du “Poète” et de “La Blonde en béton” explore, dans le Los Angeles du IIIe millénaire, les petits arrangements avec la morale et la justice de représentants de la loi manipulateurs, menteurs et cyniques.

 Personnage d’abord peu sympathique, Mike Haller (qui est, pour la petite histoire, le demi-frère d’Harry Bosch…) se révèle peu à peu sous son vrai jour: sous l’avocat douteux sommeillait un idéaliste frustré. La morale est sauve…

Avocat des chauffards, bikers et autres dealers, Mickey Haller est habile au prétoire, mais méprisé par tout le barreau de Californie. Séparé d’une première femme au service du district attorney (donc de l’accusation) et d’une deuxième qui, elle, travaille pour lui, il passe sa vie dans sa Lincoln à chercher la petite affaire qui lui permettra de tenir jusqu’au lendemain. Miracle, un jour, il décroche le gros lot : accusé d’avoir défiguré une femme, Louis Roulet, un riche fils de famille de Beverly Hills, veut qu’il assure sa défense. Très excité à l’idée des honoraires qu’il va toucher, Mickey Haller découvre qu’en plus il pourrait avoir à défendre un innocent. Malheureusement, l’innocence de ce client a un prix.

Haller s’aperçoit vite que ce ” cadeau ” est pur poison et qu’il pourrait lui coûter la vie.

Biographie de l’auteur

Auteur, notamment, de La Blonde en béton, Le Poète, Créance de sang, Lumière morte et Deuil interdit, Michael Connelly est traduit dans le monde entier et a reçu les plus hautes distinctions dans le domaine du roman policier.

 -> “La défense Lincoln” Michael Connelly (Seuil Policiers 23,50 euros)

« La défense Lincoln » est le dernier livre paru en poche de Michael Connelly. Il est édité chez Points, s’étale sur plus de cinq cent trente pages et est vendu au prix de huit euros. Michael Connelly est un de mes écrivains préférés. Il s’agit du premier auteur de policer que j’ai lu et depuis je ne l’ai pas quitté. Dans la majorité de ses ouvrages, il fait apparaître Harry Bosch, son héros tourmenté. Mais d’autres, tels le célèbre « Créances de sang » ou « Le Poète » sont indépendants du célèbre flic de Los Angeles. « Destination Lincoln » fait partie de cette catégorie. Il possède sa singularité propre. En effet, alors que Connelly avait pour habitude de nous immerger dans des crimes par les prismes des enquêteurs et des policiers, ce n’est ici pas le cas. En effet, le héros est avocat de la défense.

 L’histoire est construite autour de Mickey Haller qui passe sa vie, en tant qu’avocat, à courir derrière les petites affaires. Mais un beau jour, il se trouve au milieu d’une affaire de crime dans le rôle de l’avocat à la défense d’un homme que tout accuse. Mais derrière, la bonne affaire lucrative de la situation, Mickey va être immergé dans une situation bien compliquée dont l’issue apparaît bien hasardeuse…

 Le ton de l’histoire est très différent de ce à quoi je m’attendais. Habitué à errer dans les quartiers glauques de Los Angeles, dans des milieux louches et angoissants, je me retrouve dans une Lincoln au côté d’un avocat qui court le cachet. Le héros se trouve défendre un présumé meurtrier dont la situation est bien mal engagée. J’ai eu ainsi l’impression de me plonger dans un roman de Grisham dans lesquels on découvre les dessous juridiques d’un procès pour meurtre retentissant.

 Mais là où Connelly se différencie, c’est en nous offrant un accusé particulièrement ambigu. L’image qu’on en a évolue en permanence. Des zones d’ombre disparaissent remplacées par d’autres… Il en vient presque à supplanter son avocat dans le rôle du personnage central de l’histoire. Les deux nous offre un mano-a-mano remarquable. Evidemment, le caractère des intervenants n’est pas le seul attrait du livre. On se trouve plongé dans un procès pour meurtre et c’est toujours un plaisir de découvrir les rouages judiciaires et les manipulations tactiques des avocats pour ramener le verdict à leur compte. L’avancée des débats amène son lot de rebondissements et attise en permanence notre curiosité. L’intrigue est dense et rythmée.

 Au final, une fois passée la surprise de découvrir Connelly dans un autre domaine, j’ai pris énormément de plaisir à découvrir ce nouvel aspect de son œuvre. Le style est plus léger, les personnages moins tourmentés. « Destination Lincoln » risque de déstabiliser, peu de temps, les adeptes mais ravira les fans de John Grisham. De plus, la lecture est aisée et permet de découvrir cette histoire à tout moment, que ce soit dans le métro en allant travailler ou le soir sous sa couette à la fin d’une journée bien remplie. Bonne lecture ! 

AVOCAT CRIMINEL de David Cray

David Cray (Rivages/Thriller)

mardi 25 février 2003.

« Une révélation », nous vend la quatrième de couverture. David Cray nous trousse effectivement un sacré bon polar, à mi-chemin entre le roman noir et le roman de procédure, dont le titre anglais résume bien mieux que le titre français la teneur : Bad Lawyer, référence peut-être au Bad Lieutenant d’Abel Ferrara. Le personnage de Cray, Sid Kaplan, est certes moins déjanté que le flic incarné au cinéma par Harvey Keitel. Mais il trimballe lui aussi pas mal de cadavres dans son placard intime. Alcool, cocaïne, argent, célébrité, une belle carrière avant que tout s’effondre et que notre homme reparte quasiment de rien, sur une affaire qui s’applique à le mener nulle part. Le cocktail est impeccablement dosé, et on le sirote jusqu’à la dernière goutte, qui brûle méchamment le gosier. Si ne serait-ce que 20 % de la production actuelle atteignait cette qualité, on s’enivrerait bien plus souvent. Petite précision cependant sur la « révélation » : ce David Cray serait en fait un pseudonyme derrière lequel se cache Stephen Solomita, une pointure du thriller américain, mal connu en France. Mais qu’importe : on attend désormais les deux prochains romans de David Cray, déjà sortis aux Etats-Unis.

« AVOCAT CRIMINEL »a été écrit par un écrivain américain sous un pseudonyme, sous le titre « Bad Lawyer ».il a été publié aux Etats Unis sous ce titre par Otto Penzler Brooks, an imprint of Caroll &Graf publishers and the Otto Penzler Books

“Sid Kaplan avait tout pour lui, une brillante carrière d’avocat, la célébrité, l’argent ;Une réussite pour ce petit fils d’immigrés juif de Brooklyn. Avec le succès ,l’homme est devenu arrogant et là, les ennemis sont arrivés, d’abord l’alcool puis la cocaïne .La mort de sa mère rompt une autre digue et il finira par atterrir aux urgences psychiatriques.

Il retrouvera deux anciens amis : Caleb un ex flic alcoolique et Julia une héroïnomane. Ils vont livrer un combat à la vie à la mort. Les amis ce sont les amis.

Sid Kaplan refait surface en choisissant le camp de la vie. Une veuve lui demande de défendre sa fille Priscilla qui est accusée d’avoir tué son mari un noir, qui la battait régulièrement car ils étaient tous les deux dans le drogue comme d’autres sont dans le négoce .Les féministe prennent part pour Priscilla ,les militants des droits civiques

Parlent de crime raciste.. Priscilla cache –t-elle quelque chose à son avocat ? Tous les protagonistes ont quelque chose à cacher mais Sid Kaplan n’est pas au bout de ses peines , la réalité est incroyable et va peut-être changé le cours de sa vie.

Le lecteur est en plein roman noir et noir c’est bien noir., il se laissera entraîner par la star déchu du barreau et son trio d’éclopés complices .les enjeux sont complexes. Le lecteur sera étonné de la révélation final tellement il aura suivi son héros sombre et tourmenté. La fascination des enjeux trouvera le lecteur dans un final mémorable qui donnera un coup de massue aux lecteurs pris dans ce piège « Priscilla mourut sans émettre un son (..) (..)Je me sentais obligé de venger Caleb et Priscilla.Il est vrai que j’avais formulé un grand nombre de raisonnements complexes .

Ce trhriller noir est vraiment Noir, comme le sont les personnages malgré leur désir de paraître « respectable « .Pourtant Sid Kaplan est un homme qui n’a pas supporté la mort de sa mère et qui vit dans le passé de l’holocauste et cherche la rédemption avec ses deux amis qui sont plus amochés que lui par la vie

« AVOCAT CRIMINEL » -DAVID CRAY- EDITIONS RIVAGES THRILLER-281 PAGES- 19,95 EUROS

 ROGER DOMINIQUE

(27 mars 2003)

Sid Kaplan est un avocat qui a connu la gloire et l’argent, puis la déchéance (notammant à cause de la drogue) et la pauvreté. Seuls deux de ses collaborateurs lui restent fidèles après sa chute, Caleb, un ex-flic alcoolique et obèse, et Julia, un ancienne héroïnomane. Tous trois vivent difficilement (car les affaires sont rares) dans le même appartement, et se vouent une amitié indéfectible.

Un jour, la chance revient sous la forme d’une vieille femme qui vient demander à Sid de défendre sa fille, Priscilla, qui est en prison suite à l’assassinat de son mari. Bien qu’elle n’ait pas beaucoup d’argent, Sid voit dans cette affaire l’occasion de revenir sous les feux des projecteurs et d’attirer, du même coup, d’autres clients plus fortunés. Priscilla était battue par son mari, toxicomane et violent, et sollicitera donc sa libération pour cause de légitime défense. Sid sortira réellement de l’ombre grâce à cette affaire, mais pas vraiment de la façon qu’il aurait souhaité… Il comprendra à ses dépens par qui et comment il a été manipulé, et sa vie s’en trouvera totalement bouleversée.

Ce roman très noir s’attache avec bonheur à la psychologie des personnages. Il est écrit sous forme de chronique judiciaire, avec de fréquents flash-backs sur l’enfance de l’avocat, où on découvre en même temps que Sid les zones d’ombre qui s’étalent autour de la notion de légitime défense, et on suit avec intérêt les rebondissements de l’histoire. Le dénouement m’a vraiment surprise, et ce n’est qu’en refermant le livre que je me suis dit “j’aurais dû me douter”.

J’ai aimé ce polar, dont le suspense est je pense assez inhabituel. C’est juste une lecture à éviter les jours de gros cafard, car c’est vraiment noir noir noir.

Note : 4.5/5

(MadameGloups)